ECONOMIE(du 15/11/2002 au 02/02/2003)(fin de la deuxième partie)
par ERIC JL BRETON

Publié le mardi 28 janvier 2003



Mardi 28 janvier 2003

FONDS DE PENSION


Le Monde
Economie, mardi 21 janvier 2003, p. 4

Au Royaume-Uni, les fonds de pension ne parviennent plus à financer les retraites

le projet du ministre de l'emploi et des retraites impose aux britanniques d' épargner davantage et de travailler plus longtemps

Londres de notre correspondant

Comme beaucoup de peuples d'Europe, les Britanniques rêvent de devenir de jeunes retraités. Pourtant, la grande majorité d'entre eux devront oublier cette chimère, que le régime des pensions n'a plus les moyens de financer. Ce qui attend les travailleurs dans les prochaines décennies, c'est tout au contraire un prolongement de la vie active, au-delà de l'âge légal actuel de la retraite : 65 ans pour les hommes, 60 pour les femmes.

Longtemps, le régime des retraites britannique a plutôt bien fonctionné. Aujourd'hui, il est, à son tour, en crise. Une crise qui résulte de certaines causes communes à d'autres pays d'Europe - l'allongement de la durée de vie, le vieillissement de la génération du baby-boom - ou plus spécifiques : la volonté des employeurs de se délester sur les salariés d'une partie des risques financiers du système, volonté liée à la moindre rentabilité des fonds de pension due à la chute de la Bourse.

Le système en place a pour principal trait la faible implication de l'Etat, plus pingre qu'ailleurs. Le retraité britannique perçoit une maigre pension de l'Etat : 75,50 livres, soit 123 euros par semaine pour une personne seule, 120 livres (196 euros) pour un couple. Ce qui lui assure environ 20 % seulement des revenus dont il disposait lorsqu'il travaillait. Résultat : un retraité sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté. Le gouvernement a promis d'accroître, à partir d'octobre, la pension des plus démunis. L'avantage du système, c'est qu'il ménage le contribuable : les retraites d'Etat, "découplées" depuis longtemps de l'évolution des prix et des salaires, ne représentent que 5 % du produit national brut (PNB).

L'essentiel du fardeau des retraites repose donc sur les épaules des salariés et des employeurs du secteur privé. Plus d'un salarié sur deux souscrit à des fonds complémentaires de capitalisation qui gèrent 700 milliards de livres (1 120 milliards d'euros), soit 75 % du produit intérieur brut (PIB). Le retraité touche une pension versée par le fonds privé auquel lui-même et son employeur ont cotisé pendant sa vie active. Il bénéficie d'un système avantageux qui lui garantit des versements indexés sur le salaire de fin de carrière.

Or ce système, baptisé en son temps "la Rolls-Royce des régimes de retraite", est voué à disparaître, les fonds de pension n'étant plus à même de le financer. Il laisse la place rapidement à un nouveau système, beaucoup moins favorable, qui ne garantit plus un niveau de retraite précis et fait dépendre plus étroitement la valeur des pensions des performances aléatoires du marché. Un tiers des entreprises concernées ont déjà imposé ce second système à leurs nouveaux employés.

Pour surmonter la crise, et combler le "déficit des retraites" - déjà estimé à 27 milliards de livres (43 milliards d'euros) -, le gouvernement n'a que deux solutions : encourager les salariés à épargner plus et les inciter à travailler plus longtemps.

Ces deux objectifs complémentaires sont au coeur du Livre vert, le plan de réforme présenté en décembre par Andrew Smith, le ministre de l'emploi et des retraites. Quelque 13 millions de travailleurs n'épargnent pas assez pour leurs vieux jours. Pour avoir une retraite décente, ils devraient économiser 200 livres (320 euros) par mois dès l'âge de 30 ans. Beaucoup ne le peuvent pas. Pour stimuler l'épargne, le labyrinthe fiscal en vigueur - où même les experts se perdent - va être radicalement simplifié et remplacé par un régime "unique et à vie" d'abattement fiscal sur l'épargne constituée en vue de la retraite.

Pour que les Britanniques vivent un troisième âge décent, ils devront travailler plus longtemps, jusqu'à 70 ans, et au-delà, s'ils le peuvent et le veulent. Ils ne pourront plus bénéficier d'une retraite avant 55 ans, mais la pension d'Etat continuera d'être versée à partir de 65 ans, au soulagement du plus grand nombre. L'âge légal de la retraite - 65 ans - deviendra le même pour les femmes et pour les hommes, mais il n'y aura plus d'obligation de prendre sa retraite à un âge donné. Surtout, la législation sera assouplie pour permettre aux salariés d'une entreprise de continuer à y travailler à temps partiel tout en percevant une partie des droits acquis dans le cadre du fonds de pension de cette dernière. Le salarié qui consentira à ne percevoir sa pension d'Etat qu'à l'âge de 70 ans recevra alors une somme forfaitaire de 30 000 livres (48 000 euros).

Ces changements, s'ils deviennent loi, n'entreront que très progressivement en vigueur, sans doute entre 2010 et 2020. Ils concerneront, pour l'essentiel, le secteur privé. Les quelque 4 millions de fonctionnaires, futurs bénéficiaires d'une retraite, resteront plus favorisés, même si les nouvelles recrues du secteur public devront travailler désormais jusqu'à 65 ans, au lieu de 60 actuellement, voire de 55 pour la plupart des infirmières, de 50 pour les pompiers ou de 48 ans pour les policiers. Les futurs fonctionnaires continueront de bénéficier du régime d'indexation sur le dernier salaire, ce qui leur garantira une retraite équivalente aux deux tiers de celui-ci, financée par le contribuable.

A court terme, le gouvernement a exclu de rendre l'épargne-retraite obligatoire, tout en confiant l'examen de cette mesure à une commission indépendante. Ce qui frappe, c'est à quel point les Britanniques sont, s'agissant du dossier des retraites, à la fois indifférents, fatalistes ou mal informés. Les plus jeunes préfèrent se constituer un capital en investissant dans l'immobilier. Selon une récente étude officielle, plusieurs dizaines de milliers de retraités, parmi les plus pauvres, oublient même, par négligence ou ignorance, de percevoir les sommes auxquelles ils ont droit, d'un montant total de 1,9 milliard de livres, soit 3 milliards d'euros.

Jean-Pierre Langellier

Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Lois et règlements
Taille : Long, 705 mots

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Doc. : 20030121LM0306188

PUBLIÉ PAR ericjeanloicbreton | le 2003-01-28 11:30:09
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Mardi 28 janvier 2003

AGRICULTURE


Le Monde
International, mardi 28 janvier 2003, p. 8

Hervé Gaymard prépare une loi sur le développement rural

Artisanat, services publics, logement, foncier et pluriactivité seront abordés

C'est à la demande pressante de Jacques Chirac que dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, le ministre de l'agriculture, de l'alimentation et de la pêche, Hervé Gaymard, a hérité aussi du titre de ministre des affaires rurales. Le président de la République n'a pas oublié que lui-même avait été ministre de l'agriculture et du développement rural de 1972 à 1974. Et le 12 avril 2002, sur ses terres corréziennes, il clamait haut et fort qu'il fallait se préoccuper de l'avenir des campagnes.

Même s'il est très pris par la préparation des inévitables compromis qu'il faudra que Paris accepte sur la PAC et les négociations de l'OMC (Organisation mondiale du commerce), Hervé Gaymard a donc été invité à ouvrir un chantier législatif "hexagonal", pour redonner confiance aux campagnes et aux populations qui ont choisi d'y vivre et qui sont aujourd'hui en majorité non agricoles.

Dès le 20 novembre 2002, une communication a été présentée au conseil des ministres, fixant les grands objectifs de la future loi. Au Comité interministériel d'aménagement du territoire du 13 décembre, Hervé Gaymard a souligné que la préparation de la loi impliquait sept ministères, notamment ceux de l'aménagement du territoire et de l'environnement. Le gouvernement souhaite que le projet de loi soit présenté au Conseil des ministres fin mai et qu'une première lecture au Parlement soit programmée avant l'été.

Hervé Gaymard veut prendre son temps pour élaborer un "texte cohérent, ambitieux, pragmatique, et tourné vers l'avenir". Ce sera, explique-t-on dans son entourage "l'inverse d'un dispositif qui voudrait valoriser les campagnes comme un musée qu'on visite". D'ici le printemps onze groupes de travail réunissant fonctionnaires, syndicats agricoles et représentants d'associations sont chargés d'étudier les pistes de réforme, par exemple sur le remembrement et les questions foncières (primordiales dans la prévention des inondations), le patrimoine bâti et les espaces naturels, le maintien des services publics, l'artisanat, le logement, le réseau des services de santé, le thermalisme et le tourisme, la pluriactivité des agriculteurs, l'agriculture périurbaine soumise à des pressions urbaines constantes et souvent victime de pillages.

CONVAINCRE L'UEUne place particulière devrait être réservée aux zones de montagnes (une quarantaine de départements). Pour elles, le commissaire européen chargé des régions, Michel Barnier, prépare un nouveau régime d'aides en redéployant, à partir de 2006, le budget des fonds structurels.

Il reste à Hervé Gaymard à convaincre ses partenaires européens et le commissaire Franz Fischler que sa loi et les dépenses publiques qu'elle nécessitera s'inscriront dans le fil de la nouvelle politique agricole commune (PAC) à mettre en oeuvre partir de 2006. Jusqu'à maintenant, Paris s'est toujours opposé à Bruxelles sur un transfert significatif d'une partie des aides directes aux produits (le premier "pilier" de la PAC) vers une politique territoriale de développement rural (le deuxième "pilier"), proposé par la Commission et réclamé notamment par les associations de défense de l'environnement.

François Grosrichard

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Agriculture et services connexes
Taille : Moyen, 366 mots

© 2003 SA Le Monde. Tous droits réservés.

Doc. : 20030128LM0306974


Le Monde
International, mardi 28 janvier 2003, p. 8

Les agriculteurs français sont divisés face aux propositions Fischler pour la PAC

reportage En Eure-et-Loir, "beaucoup de fermes sont à vendre"

Orléans de notre correspondant régional

"L'Europe fait de nous ce qu'elle veut. Nous sommes ses boys !"Ils sont légion ceux qui fulminent, comme Pierre Jaffré, éleveur installé en GAEC (180 hectares, 150 têtes de la race à viande maine-anjou) à La Marolle-en-Sologne (Loir-et-Cher) dont les animaux trustent les médailles dans les salons depuis des décennies. Le clairon anti-européen se déchaîne ici, sans surprise, après que la Commission européenne eut dévoilé ses nouvelles propositions.

La réforme Fischler, notamment le fusionnement des aides en une seule, en échange d'un cahier des charges environnemental et qualitatif, Pierre Jaffré n'en veut pas. "J'y suis tout à fait opposé. Cela va être une fois de plus des contraintes et moins de revenus." Il poursuit :"L'objectif de la PAC (politique agricole commune) de 1992, c'était de reverser en aides la différence des cours. Pour moi, tous ces projets, c'est l'assassinat total de l'agriculture française."

Derrière le commissaire Franz Fischler, selon lui, se trame un complot britannique. "Et les Anglais sont mariés avec les Américains", ajoute-il. Mais, reconnaît-il, "Chirac va être obligé de changer de discours. Il ne peut plus rester isolé, sinon nous serons vite mis de côté par les autres composantes de l'Europe, auprès desquelles rôde le sous-marin américain". Il craint pour l'avenir des céréaliers, ses voisins de la Beauce, dont il ne supportait pas pourtant "l'arrogance". "Le monde céréalier était intouchable. Maintenant ils vont manger des vaches maigres, comme nous."

François Lhopiteau exploite 166 hectares en Beauce, à Néron (Eure-et-Loir). Mais ce n'est pas un céréalier comme les autres, il fait du bio sur une quinzaine de cultures, a un petit élevage. Il n'entend pas "faire de procès d'intention à Fischler" qui "est favorable aux agricultures de qualité". "Je crains beaucoup plus les réactions négatives de nos syndicats majoritaires, souvent relayées par le ministère de l'agriculture, qui n'ont d'autre but que de faire en sorte que le système actuel, favorable à l'agriculture intensive, avec les inconvénients que l'on sait, perdure", explique-t-il.

Même s'il ne connaît pas le détail des mesures Fischler, il estime n'avoir "qu'à gagner dans cette réforme". "C'est évident que je serais plus favorisé que ceux qui sont dans des systèmes ultra-dépendants, contraints au productivisme, à chasser les primes." "Il faut voir ces mesures de près. J'ai toujours été d'accord pour réformer cette PAC le plus vite possible. L'accord Chirac-Schröder m'a étonné, alors que la ministre Verte allemande -Renate Künast- veut freiner l'agriculture productiviste !", poursuit-il.

"UNE ÉNORME CONTRADICTION"C'est l'inquiétude en revanche chez ses voisins céréaliers qui cultivent de façon "classique", reconnaît François Lhopiteau : "Beaucoup de fermes sont à vendre. Autrefois, c'était impensable de vendre à quelqu'un qui n'était pas de la famille ou un voisin. Aujourd'hui, des Allemands, expropriés autour des grandes villes, achètent. Avec 150 hectares là-bas, on peut en acquérir 300 à 400 en Beauce. Autant céder nos terres maintenant dans de bonnes conditions, disent les Beaucerons." "Il y a une énorme contradiction chez les agriculteurs français : ils savent bien que l'Europe et la PAC les ont favorisés. Et en même temps, ils n'arrêtent pas de taper sur Bruxelles", conclut-il.

Dans l'Indre, les éleveurs du Boischaut, une région de bocage au sud de Châteauroux, tentent de résister à la céréalisation, comme Philippe Guénin, un des pionniers du bio aussi dans le département, responsable de la Confédération paysanne. Avec son fils, ils exploitent 50 hectares. Leur production (des produits laitiers) est vendue directement sur les marchés locaux. Ils ont chacun un revenu mensuel de 1 200 euros.

"Découpler les aides de la production pour que les exploitants soient moins productivistes, je dis d'accord", affirme Philippe Guénin. "Mais à la place on va donner une aide d'ensemble qui sera calculée en fonction de l'histoire des primes de l'exploitation. En clair, on va pérenniser la situation d'agriculteurs qui touchent déjà des primes plus que confortables et qui depuis le début de la PAC de 1992 en ont profité pour s'agrandir à fond et écraser leurs voisins." Comment l'éleveur peut-il résister dans le système actuel, quand on lui propose de labourer sa prairie pour faire du maïs avec une prime à 335 euros par hectare à la clé, sans compter d'autres aides pour irriguer, alors que s'il garde sa prairie pour faire du fourrage il touche à peine 100 euros à l'hectare, s'interroge-t-il.

Une vraie réforme, selon lui, devrait commencer par un plafonnement des primes. "L'agriculteur n'aurait aucun intérêt à s'agrandir à tout va, il laisserait de la place aux jeunes. La PAC de 1992 a fait de sacrés dégâts sur le tissu social", insiste-t-il. Lui-même ne touche qu'à peine 1 000 euros de primes. Dans le nouveau système, il ne pourrait postuler qu'à une aide unique dérisoire. "J'ai tout faux. Je suis l'abruti qui a continué à faire de l'herbe et à nourrir ses vaches avec du foin", dit-il avec une bonne dose d'humour.

Régis Guyotat

Premiers pourparlers à Bruxelles

Les ministres de l'agriculture des Quinze devaient examiner, lundi 27 janvier pour la première fois, au cours d'un débat public à Bruxelles, les propositions de réforme de la politique agricole commune (PAC) présentées par la Commission la semaine dernière. Celles-ci prévoient notamment qu'à partir de 2007 les aides agricoles seront versées aux agriculteurs même s'ils ne produisent pas. Leur montant serait calculé sur des bases historiques et leur versement conditionné au respect de normes environnementales et sanitaires. La France et l'Espagne sont farouchement opposées à cette mesure, qui faciliterait les négociations devant l'Organisation mondiale du commerce et permettrait de donner une prime unique aux agriculteurs. 6 % des aides seraient réallouées à des projets de développement rural. La Commission entend aussi baisser le prix d'intervention sur les céréales et lancer la réforme du lait dès 2004, en baissant son prix de 5 % pendant cinq années consécutives. - (Corresp.)

Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Agriculture et services connexes; Exportations et importations
Taille : Long, 758 mots

© 2003 SA Le Monde. Tous droits réservés.

Doc. : 20030128LM0306975

PUBLIÉ PAR ericjeanloicbreton | le 2003-01-28 11:25:44
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Mardi 28 janvier 2003

AIDE MEDICALE D'ETAT
Examen de la révision de l'aide médicale d'Etat (AME), selon Mme Versini

PARIS, 27 jan (AFP) - La secrétaire d'Etat à la lutte contre l'exclusion, Dominique Versini, va "examiner la révision de l'aide médicale d'Etatqui a été votée par le Parlement", a-t-elle déclaré au quotidien La Croix daté de lundi.

"Je vais être amenée à examiner la révision de l'aide médicale d'Etat réservée aux étrangers en situation irrégulière qui a été votée par le Parlement", a indiqué Mme Versini en précisant que le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, avait "souhaité avoir son avis avant de signer le décret d'application".

"J'ai demandé à l'Inspection générale des affaires sociales de me faire un état des lieux et je consulterai les associations sur ce sujet début février", a ajouté la ministre. Elle a rappelé que cette mesure votée en décembre par le Parlement et qui introduit le paiement d'un ticket modérateur pour les titulaires de l'AME visait à freiner l'expansion importante de l'enveloppe de la mesure, passée "de 50 millions à 500 millions d'euros en deux ans".

Les associations de lutte contre l'exclusion contestent que ce "gonflement" soit dû à la fraude, mais plutôt à l'arrivée massive de réfugiés et de demandeurs d'asile en France ces dernières années.

PUBLIÉ PAR ericjeanloicbreton | le 2003-01-28 10:59:22
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Mardi 28 janvier 2003

RETRAITE


Le Figaro, n° 18185
Le Figaro Économie, samedi 25 janvier 2003, p. 4

ENTREPRISES; REPERES

Retraite : Fillon cite en modèle le pacte politique en Espagne

« Je ne suis pas venu à la recherche d'une solution mais pour étudier les ressorts de la discussion politique et sociale autour de la réforme des retraites qu'il y a eu en Espagne, entre le gouvernement, le patronat et le syndicat », expliquait hier François Fillon, au terme de deux jours à Madrid. Accompagné de quatre syndicalistes français, le ministre français s'est entretenu avec son homologue espagnol, Eduardo Zaplana, et les deux principaux leaders des syndicats (CCOO et UGT) et du patronat espagnol.

François Fillon a rappelé au cours de ce bref séjour « la nécessité d'obtenir un consensus entre les syndicats et le gouvernement français » en prenant pour « modèle » la bonne entente en Espagne sur ce sujet. « Le pacte de Tolède signé en 1995 et la réforme menée en 2002 est un exemple à suivre. Nous devons parvenir nous aussi à une discussion consensuelle », a-t-il déclaré. M. Fillon a également loué la mise en place d'une retraite espagnole à la carte. « La flexibilité est un point essentiel de notre réforme. Nous travaillons aussi sur un départ de retraite plus progressif. Un retraité salarié était encore impensable il y a quelques années, aujourd'hui on peut envisager des départs à la retraite adaptés à chaque personne », a souligné le ministre, tout en reconnaissant qu'il fallait préserver l'idée d'équité. En Espagne, la réforme des retraites de janvier 2002 permet aux personnes de plus de 65 ans de poursuivre ou de reprendre une activité salariale à temps plein ou partiel.

M. Fillon a aussi souligné l'importance d'effectuer « une réforme en continue qu'il faut sécuriser au-delà de l'alternance. Un pays qui n'aura pas réussi à régler son problème des retraites sera un handicap dans le contexte européen. »

Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Relations intergouvernementales
Type(s) d'article : REPERE
Taille : Court, 200 mots

© 2003 Le Figaro. Tous droits réservés.

Doc. : 20030125LF18185407ECO

PUBLIÉ PAR ericjeanloicbreton | le 2003-01-28 10:50:17
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Mardi 28 janvier 2003

SALARIES AU RABAIS ET RTT

par ERIC JL BRETON

Mardi, 28 janvier 2003
 SALARIES AU RABAIS


L'Express, n° 2690
La Semaine; Economie, jeudi 23 janvier 2003, p. 104

Social
Salariés au rabais

Joly Julie

La période des soldes favorise les entorses au Code du travail. Exemples

Sophie n'est pas certaine d'avoir bien entendu. «Ils demandent quoi? Un vendeur "rollers" pour le rayon "montagne"?» Au-dessus de la foule qui se presse aux premières heures des soldes de Go Sport, la voix dans le haut-parleur se fait insistante. La jeune étudiante avait bien compris. Quelques minutes plus tard, on la retrouve, décomposée, donnant un cours d'escalade à un couple de sexagénaires.

«C'est tous les jours comme ça! lâche-t-elle, excédée. Sous prétexte des soldes, on nous fait faire n'importe quoi.» N'importe comment, surtout. Car, depuis le 8 janvier dernier et pendant quatre semaines, un seul impératif domine en France: vendre. Mieux que les fêtes de fin d'année, les soldes sont à l'origine de plus de 20% des ventes de textile et de 15% du chiffre d'affaires des grands magasins. Chaque année, 15% des Français réservent leurs achats à ces seules occasions. Pour les salariés du commerce, le message de la direction est clair: pas question de les décevoir. Quitte à y laisser sa chemise...

«L'obsession du chiffre d'affaires s'est considérablement aggravée», observe André Durand, vendeur chez C & A et délégué central CFDT. Ce Toulousain observe depuis bientôt quinze ans l'évolution des conditions de travail des salariés de son secteur - qui emploie aujourd'hui près de 3 millions de personnes en France, plus de 1 salarié sur 8 - et se montre alarmiste: «90% de nos vendeurs sont des femmes à temps partiel. La plupart ne connaissent même pas l'existence du Code du travail!» De fait, en même temps que les files d'attente aux caisses des magasins, la liste des infractions constatées dans les commerces s'allonge de jour en jour: heures supplémentaires non payées, distorsion d'horaires, travail au noir, non-respect des délais légaux de prévenance...

Tour de passe-passe «En une journée d'ouverture le dimanche, un commerçant gagne 10 fois, 100 fois parfois, le montant de l'amende qu'il risque de devoir payer», résume, à Paris, l'inspecteur du travail Gérard Filoche. De la même façon, prendre un étudiant en «extra» le week-end en le payant au noir rapporte plus que ce que coûterait l'infraction si elle devait être découverte. «J'ai vu des jeunes emballer des cadeaux dans des grands magasins et n'être payés qu'au pourboire, raconte Gérard Filoche. C'est pourtant strictement interdit!» L'ampleur des dérives constatées est à la mesure de l'enjeu économique. En décidant d'ouvrir ses magasins la nuit du 7 au 8 janvier, l'enseigne Kiabi a peut-être déclenché un tollé syndical, mais les clients, eux, se sont précipités.

«Demain, nous pourrons consommer vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept!» s'inquiète André Durand. Il a de quoi. Déjà, pour éviter de surpayer de 50% les heures supplémentaires (au-delà de 35 heures hebdomadaires), les enseignes n'hésitent pas à jongler avec les temps partiels a minima: en période «haute», une vendeuse à dix-huit heures par semaine pourra ainsi faire 10% d'heures «complémentaires» (soit près de deux heures) au même tarif horaire. Ou comment inciter ses salariés à travailler plus en ne leur offrant que des contrats à temps partiel...

Le tour de passe-passe est un classique du métier. «La précarité des salariés concernés ne les incite pas à se plaindre», relève le syndicaliste André Durand. En période de pointe, l'obsession de l'économie maximale tourne pourtant vite au cauchemar. «Pour éviter toute dépense "inutile", raconte Agnès Guirronet, déléguée CFDT et responsable de magasin pour le groupe Zanier à Valence, on nous demande de tout gérer avec un effectif minimum. La surcharge de travail est telle qu'il n'est pas rare de voir des vendeuses craquer et partir du jour au lendemain, sans prévenir.»

Dans sa chambre d'étudiante, Sophie fait ses comptes: dix-huit heures par semaine au Smic, cela lui fait... 412 euros par mois. Sans prime, ni titre restaurant. Comme elle, en France, un tiers des étudiants travaillent pour payer leurs études. Mais pour elle, elle le jure, cette troisième année chez Go Sport sera la dernière.

Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Syndicats
Taille : Moyen, 491 mots

© 2003 L'Express. Tous droits réservés.

Doc. : 20030123EX007555E


Vendredi, 24 janvier 2003
 ECONOMIE
Les Français ne sont pas égaux devant la RTT

La durée du travail a baissé pour tous les Français entre 1995 et 2001. Mais, selon l'Insee, des inégalités demeurent entre hommes et femmes, cadres et ouvriers et fonctionnaires et salariés du privé.
Mis en ligne le 24 janvier 2003

Selon que l'on travaille comme maçon, ouvrier dans l'automobile ou cadre dans une banque, la réduction du temps de travail ne s'est pas appliquée de la même façon, ni dans la durée, ni dans la manière. Selon une étude réalisée par l'Insee (institut national de la statistique et des études économiques) sur la baisse de la durée du travail entre 1995 et 2001, l'impact de la RTT dépend beaucoup de la position hiérarchique dans l'entreprise. L'institut, qui publie cette enquête vendredi, a étudié l'effet des différentes lois visant à réduire le temps de travail : loi Robien en 1996, Aubry 1 en 1998 et Aubry 2 en 2000.

"Entre mars 1995 et mars 2001, la durée hebdomadaire du travail a baissé de 1 heure 20 minutes", indique l'Insee. Les salariés français à temps complet consacraient en moyenne 41 heures et 10 minutes au travail par semaine en 1995 et plus que 39 heures et 50 minutes en 2001. Les femmes travaillent toujours moins que les hommes en moyenne mais la durée hebdomadaire de travail a moins baissé pour elles : 1h15 en moins contre 1h30 pour les hommes.

Moins d'heures pour les ouvriers...

La différence est encore plus significative selon la position hiérarchique des salariés. Alors que le

"En 1995, les
fonctionnaires
travaillaient 
deux heures
de moins que leurs collègues du privé .
En 2001,
la différence
n'est plus
que d'une heure.

temps de travail hebdomadaire est resté pratiquement inchangé pour les cadres entre 1995 et 2001, "il a baissé de 1h20 pour les employés, de 1h30 pour les professions intermédiaires et de 2 heures pour les ouvriers", indique l'Insee.

Plus étonnant, les 35 heures ont réduit l'écart entre le public et le privé : en 1995, les fonctionnaires consacraient en moyenne deux heures de moins que leurs collègues du privé au travail. En 2001, la différence n'est plus que d'une heure. C'est surtout, au sein du secteur privé, entre les grandes et les petites entreprises que les inégalités sont les plus grandes. En 1995, les salariés d'entreprises de moins de 20 salariés travaillaient 40 minutes de plus par semaine que ceux des entreprises de plus de 100 salariés. En 2001, l'écart s'est creusé pour arriver à 1h25 de plus.

... plus de congés pour les cadres

Mais la plus grande des "inégalités" concerne les différences de traitement selon la qualification. En effet, les cadres travaillent toujours autant par semaine mais ont pu davantage choisir le mode de leur RTT. Peu sont concernés par la réduction quotidienne ou même hebdomadaire du temps de travail, contrairement aux employés et aux ouvriers. 55% des ouvriers travaillent un peu moins chaque jour ou sont "obligés" de prendre une demi-journée par semaine, contre 20% des cadres. En revanche ces derniers sont 62% à avoir eu des jours de congés supplémentaires : ils sont 23% à avoir des jours supplémentaires contre 4% des ouvriers. En moyenne et pour tous les salariés, le nombre de congés supplémentaires a été de 13,5 jours. Qu'est-ce qui est le plus intéressant entre avoir plus de congés ou moins d'heures par semaine ? Encore eut-il fallu avoir le choix.

Photo : chaîne de montage dans une usine Renault

Par Sophie LUTRAND

PUBLIÉ PAR ericjeanloicbreton | le 2003-01-28 10:43:34
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